Jardin et prieuré d'Orsan - Cher  (au Sud de Bourges)

 

A en juger par la mémoire familiale , le fait d’être enfant unique m’a mis à l ‘abri de bien des querelles. Cela m’a exercé également très tôt à côtoyer la solitude  qu’ organisait une éducation hyper conservatrice et catho  dans un univers  islamisant. J’ai donc vécu jusqu’à mon adolescence  quasiment  une sorte d’incarcération familiale   destinée à me protéger… si bien que j’étais violé à l’âge de dix ans (sans dommages, ni physiques , ni psychiques apparents, semble-t-il).
Dés l’âge de 4 ans  la solitude m’amenait à inventer une ribambelle de compagnons de jeu imaginaires. Cet isolement était amplifié par un père  ne me portant d’intérêts que sur le plan intellectuel, ou que comme faire valoir de son ego,  donc assez peu complice compte tenu de mon immaturité.
Et même passant mes vacances en France, dans le Berry, chez mon arrière grand-mère, je me retrouvait seul, prince chaumant d’un château noyé au milieu de 1100 hectares de mauvaises terres (justes bonnes à chasser, ce que j’ai en horreur) .  
Là encore, on avait jugé peu adéquat que je jouasse régulièrement avec le fils de la cuisinière (7 ans comme moi, et franc imbécile). Heureusement ma maman, dépourvue de préjugés,  avait su contourner l’objection  en m’organisant une après midi à la ferme la plus proche, à l’entrée du domaine .
J’y trouvais deux compagnons ,   l’un de 9 ans l’autre de 6 ans, fils du métayer , qui me montraient avec complaisance  la porcherie, le poulailler, l’étable, les réserves de patates et le tas (deux mètres de haut) d’échalotes fraîchement récoltées où nous nous précipitions  pour des glissades répétées comme sur un tas de sable pour nous imprégner finalement  de heur délicat fumet.
Ma vie africaine ignorait totalement le monde agricole en général et  particulièrement celui de la France profonde . Cependant ce tourisme culturel atteignant promptement ses limites, mes guides me proposèrent leur «jeux» (enfin des compagnons de jeu !).
Retirés derrières les bâtiments de ferme, moi juché  dans le branchage d’un arbre mort, j’étais coincé tandis que  le plus âgé de mes deux  compagnons s’ emparant d’une bûchette s’amusait à me frapper à la tête avec une intensité croissante, feignant de s’intéresser au seuil de douleur que je tolérais.
Au début je ne comprenais rien, ignorant de toute cruauté ou jalousie (après tout j’étais l’intrus, l’enfant privilégié  du Château, celui qui avait droit au fromage blanc avec les framboises du potager), puis j’optais pour l’héroïsme « Non ça fait pas mal », jusqu’à éclater en larmes alarmant ainsi les parents de mon jeune tortionnaire  et interrompant SON  «jeu».
Il m’en est resté une profonde suspicion à l’égard des intentions de l’autre lorsque je  le découvre.
Mais je ne me suis plus jamais départi ni  de mon amour pour l’autre et pour la liberté, de ma curiosité ni du regret de ne désormais plus  pouvoir m’y adonner en pleine confiance… et puis quelles autres traces souterraines subsistent-elles? M’anarf  (j’sais pas). Cette  page a été assez vite tournée.
Enfant unique ? ya du pour, ya du contre … ah oui ?
Que ça peut être une question  con quand c’est vécu ! tout autant que la jalousie et les préjugés .