Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.
     Les Amours des bassins, les Naïades en groupe
     Voient reluire au soleil en cristaux découpés
     Les flots silencieux qui coulaient de leur coupe.
     Les lauriers sont coupés, et le cerf aux abois
     Tressaille au son du cor; nous n'irons plus au bois,
     Où des enfants charmants riait la folle troupe
     Sous les regards des lys aux pleurs du ciel trempés,
     Voici l'herbe qu'on fauche et les lauriers qu'on coupe.
     Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.
 
Les textes de Banville sont reproduits d'après l'édition Lemerre des Oeuvres de Théodore de Banville, (9 vols, 1889-1892), et pour les trois derniers recueils, l'unique édition de chacun chez Charpentier (trois vols, 1884, 1890 et 1892). Nous avons corrigé les coquilles manifestes. Ces textes appartiennent au domaine public et sont mis ici à la disposition de tous. L'utilisateur qui incorporera les résultats des recherches faites dans le texte pour des fins de communication orale ou écrite (colloques, articles, livres, etc) est prié de bien vouloir citer ce projet de la façon suivante:
Peter J. Edwards (ed.), Oeuvres poétiques complètes de Théodore de Banville, textes électroniques interactifs,, Mount Allison University, Sackville, N.B., 1996.
 
 
Ces quelques vers de T. de Banville ne sont pas là pour leur romantisme attardé, mais plutôt pour la citation de la célèbre comptine «Nous n'irons plus au bois».
 
Elle remonterait au 13 ème siècle et serait une sorte de chanson de chansonnier provoquée par le vertueux et énergique traitement apporté à cette époque à la question de la prostitution.
En effet, ce ‘métier’ s’exerçait en ce temps là hors les murs de Paris, dans les bois, et en particulier dans les bois de Vincennes. C’est précisément là que sous un chêne séculaire, Louis le neuvième (nom d'artiste: Saint Louis) aimait à dire le droit.
 
Or sa môman, l’emmerdante et vertueuse Blanche de Castille, s’inquiétant des conditions exécrables réservées aux prostituées, poussa son fils à en faire interdire la pratique en pleine nature par tout temps et en dépit des  intempéries décimant ces dames.
Pour plus de sûreté, ellei en  fit empêcher l’exercice en faisant couper les taillis, lesquels créaient un semblant d’intimité aux ébats sensés s'y réfugier. Ces jeunes filles et jeunes femmes n’eurent plus d’autre recours que de se replier dans des maisons spécialisées. 'à l'abrit',  pour pouvoir poursuivre leur activité souvent économiquement essentielles.
Ces établissements avaient usuellement pour ’enseigne une discrète branche de laurier,
Voilà aussi qui donne du sens aux « … lauriers (qui) sont coupés »; quant à « la belle que voilà », qui ira les ramasser, son métier devient plus explicite.
 
Comment la mémoire de ce fait divers, enfermant durablement la prostitution entre quatre murs, a t elle pu évoluer en cette charmante comptine pour égayer innocement les rondes enfantines de nos jours?... je l’ignore.
 
Ce que je sais mieux, c’est ma profonde antipathie pour l’amour vénal, ou, soyons moderne, lorsqu’il repose sur un quelconque rapport de force. Blanche l'emmerdeuse se trompait de combat. Elle eut mieux fait d'épouser la cause de la Liberté. Il fallait sans doute donner du temps au concept pour qu'il s'épanouisse. La bataille contibue.